Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 06:30

Ngo Yetna Audrey épse Chicot

Son amitié permanente avec les hommes lui a poussée à exercer dans ce domaine devenu sa passion au fil des années. Directrice générale et promotrice de l’entreprise MSMI, de l’Institut Audrey Chicot et Yet Music à seulement 37 ans, elle nourrit plus de 200 familles camerounaises.

 Audrey Chicot

 

Son humilité et sa simplicité vis-à-vis de son interlocuteur l’a différencie des autres manager d’entreprise. Les titres comme « patronne », « DG » ou « grand boss », elle en a cure. Au sein de sa structure, ils sont tellement rarissimes qu’on se demanderait si le vrai patron y est très souvent. Pourtant, Audrey Ngo Yetna épouse Chicot y est présente au quotidien. Et quand vous l’appelez Simplement Audrey Chicot, elle est la plus heureuse. Normal, elle est fière de porter le nom de sa tendre moitié qui œuvre, lui aussi, dans le domaine de l’industriel. Pour Audrey Chicot, Multi Service et Matériel Industriel (MSMI) est une famille. « Je n’ai point besoin de tous ses grands titres que s’affublent les autres patrons. Mes employés sont mes frères et sœurs ; et on s’appelle par nos prénoms respectifs. C’est pour cette raison que je trouve inadmissible que quelqu’un vienne d’ailleurs pour résoudre un problème dans mon entreprise s’il advenait. Pas besoin de syndicat, on discute entre nous, en famille et on trouve une solution », explique-t-elle, sans démagogie. Dans les ateliers de MSMI, rien ne la surprend. De la fabrication au montage en passant par la maintenance industrielle, le polissage ou le découpage des plaques d’aluminium brute ou des barres de fer dentelées pour faciliter l’engrenage dans les machines, Audrey maîtrise tout. Une véritable patronne (toujours) en action. Cette assertion trouve sa justification lorsque vous la surprenez dans un entretien avec son personnel ou dans les ateliers en « tenue de combat ». Bref, le domaine de l’industrie-lourde, elle la maitrise au bout des doigts.

Pourtant, Audrey Chicot arrive dans ce secteur, jadis considéré pour les hommes, par « hasard ». Car, en plus de sa capacité en droit, elle a obtenu avec brio un Baccalauréat G2 en 1997. La jeune comptable mène son activité dans une entreprise de la place. Par la suite, souligne-t-elle, « je me suis lancée dans le commercial parce que j’ai trouvé la comptabilité est trop plate puisqu’on se cantonne dans un bureau. J’ai donc muté pour devenir attachée commerciale en industrie. L’industrie est un métier des hommes et comme dans ma vie je ne marche qu’avec des hommes, je me suis passionnée et voila comment je me retrouve finalement dans l’industrie ou je rencontre mon époux, Fabien Chicot ». Une mutation de fonctions qui n’a guère été facile pour elle : « Ce n’était pas facile du tout. C’était un milieu hostile aux femmes il y a quinze ans. Passer de la comptabilité pour attachée commerciale, il a fallu se faire respecter comme commercial et se faire un nom parce que, quand on est une femme, on a cent fois plus d’efforts à fournir dans un domaine typiquement masculin comme l’industrie. Une transition qui n’a pas été facile mais qui s’est faite néanmoins ». Finalement, elle va exercer comme attachée commerciale en industrie jusqu’en 2001, année au cours de laquelle, elle s’envole pour la France avec son époux.

MSMI, l’esthétique et la musique, une passion

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En compagnie de son époux

Plus les jours se succèdent, son amour pour l’industrie est grandissant. Peut-être à cause de son mari et son entourage. Sa formation dans le domaine, elle le fait sur le tas. Puisqu’elle n’est pas allée dans une école spécialisée. Ce qu’elle voit dans les ateliers en Europe fait germer en elle la graine d’entrepreneur dans le secteur industriel. « Je me dis, avec tout ce que j’ai vu, je rentre chez moi parce qu’ici, il y a beaucoup de choses à faire. J’en parle à mon époux et on retourne au Cameroun en 2003 parce que je veux établir une entreprise de maintenance industrielle. Je sais qu’il y a un gros potentiel, il y a la main d’œuvre qu’il faut ici. A mon arrivée, je me lancée et c’est encore les hommes qui m’ont épaulé en disant : voila une femme qui prend son courage à deux mains et qui se lance. Ils m’ont beaucoup encouragé. Je suis entrée, je me suis faite une place et je suis assise aujourd’hui », affirme-t-elle, toute souriante. Aujourd’hui, elle a passé de nombreuses sous-traitances avec les plus grandes entreprises aussi bien du pays que de la sous-région Afrique Centrale. Ce au regard du l’« artillerie » industrielle-lourde qu’elle possède dans les locaux de sa structure à la zone industrielle Douala Bassa.

Malgré tout, Audrey Chicot n’a pas oublié son côté glamour de femme. Comme elle allait très loin parfois pour se coiffer, elle décide de se lancer dans l’esthétique. C’est ainsi qu’elle crée en 2007 Black Care Institut qui deviendra par la suite l’Institut Audrey Chicot à Bonapriso. Soins de visage, massage, coiffure, formation des jeunes… sont les différents services offerts ici. Pousser par une forte envie d’investissement et vu sa passion pour la musique, cette (désormais) femme d’affaire crée au début de cette année 2011, Yet Music, un label musical  qui renferme Caz’a’frika, le studio d’enregistrement. Ceci est dû au fait que « La musique, c’est vraiment passionnel. J’ai fait la musique étant jeune. Je n’ai pas pu faire carrière. Quand j’ai rencontré Armand Biyag, le premier artiste de notre label, le déclic s’est fait. Je me suis rappelée que c’est un secteur dans lequel je peux donner aussi du mien et que je pouvais aussi essayer de changer les choses parce que c’est un milieu où, il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup de choses à corriger et je suis arrivée dans ce milieu pour essayer d’apporter un certain changement avec un œil venant de l’extérieur ». Et d’ajouter : «Je souhaite que ce soit comme dans le football avec des écoles de formation. Faire comprendre aux grandes maisons de productions comme Sonny qu’on a des jeunes talents qui ont du potentiel et qui sont en mesure d’allier les deux cultures ».

Audrey-C.JPG

Agée de 37 ans seulement, Audrey Chicot n’a donc pas le sommeil profond. « Au bout du compte, j’ai des journées de 48 heures mais ca », conclut-elle. Ce n’est qu’évident quand on a plus de deux cents employés répartis dans trois entreprises non-complémentaires à gérer. Elle prescrit à la jeunesse le culte du courage, du travail bien fait et de la persévérance comme clé du succès. Un exemple à suivre !

Frank William BATCHOU

Par Frank William BATCHOU - Publié dans : Portraits - Communauté : BLOGUEURS AFRICAINS
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