Partager l'article ! Urban show 4 : Au-dela du show: Le rendez-vous du hip-hop local s’est tenu le 1er octobre 2011 au CCF de Douala. Comme innovation, le show ...
Le rendez-vous du hip-hop local s’est tenu le 1er octobre 2011 au CCF de Douala. Comme innovation, le show s’est fait uniquement en live.
Entre la 3e édition (30 juin 2011) et la 4e du « Urban show », l’attente a été longue. Je dirai même très longue. Car, dans la ville de Douala, certains fans du hip-hop « made in Camer » s’inquiétaient déjà. Seulement, il faut du temps pour concevoir de bonnes choses. Ce à la dimension des attentes. Et le choix du 1er octobre 2011 a été certainement sans calcul, mais le bienvenu. Dans la mesure où, il a permis aux férus de la culture urbaine locale de célébrer à leur manière le cinquantenaire de l’unification du Cameroun. Bravo « Urban show » ! Comme les précédentes, cette édition s’est tenue au Centre culturel français Blaise Cendrars de Douala. Elle a connu la participation des artistes tels que Alberto les clés son of God pour le Slam, Cylla Song’s pour l’Afro rap, VBH pour le rap, Mike Peter pour le Rn’b et Shareem pour le raggae dancehall. Sous l’arbitrage du groupe Boogy dance dans la catégorie street dance pour un intermède et du jeune rappeur Franco en levée de rideau comme révélation. Selon les organisateurs, « l’on aura désormais à chaque édition du Urban show, une révélation de la musique hip-hop camerounaise. Afin de permettre à ceux qui sont moins connu de se faire connaître aussi ». Pendant trois heures chrono, le public est resté subjugué sous le charme du talent de ces artistes. Le tout dans un live joué par l’orchestre de l’Equipe du Sud dirigé par Calvin Yug. Une grande première ici. « C’était un spectacle magnifique. Il m’a permis par la même occasion de découvrir plusieurs autres artistes en dehors de ceux que je connaissais déjà. J’ai vu Mike Peter qui m’a séduit avec sa musique et Franco avec son titre « les filles d’aujourd’hui ». Je crois ferme que le hip-hop camerounais est en pleine renaissance », témoigne Stéphie, toute joyeuse après le concert. La date de la 5e édition n’est pas encore connue. Comme il se dit dans le milieu, « on wait encore ! ».
Frank William BATCHOU
Prestation de chaque artiste
1- Shareem : Peut mieux faire
Son ancienneté dans la musique n’a pas été un avantage pour cet artiste programmé en ouverture de spectacle. Shareem a laissé les spectateurs dans une indifférence totale durant toute sa prestation. Car, on a noté une absence de communion et d’échange avec le public, un peu d’embrouilles et de tamponnements permanents avec son accompagnateur sur scène et une voix noyée dans cette belle musique jouée par l’orchestre de l’Equipe du sud. D’où l’absence de la perception du message transmis. On aurait cru que Shareem ne s’est pas entraîné, qu’il n’a pas fait la balance avant cet événement ou encore qu’il n’était pas préparé pour faire le live. Comme quoi, le talent seul ne suffit pas à l’artiste. Il doit aussi avoir la maitrise de la scène pour combler les attentes du public. Sans remettre en cause ses qualités, Shareem peut mieux faire. Note : 4.5/10
2- Cylla Song’s, la mutation difficile
C’est une artiste au talent énorme. Et aucun des mélomanes présents ce jour au CCF de Douala ne dira le contraire. Sa voix, personnellement ajustée et suave, est un appel à la concentration et à l’écoute. Son style très proche à celui de Sally Nyolo, est tiré au plus profond de la forêt équatoriale, au cœur de la sagesse bantou. Normal qu’elle déplore la disparition à une vitesse exponentielle de nos langues nationales, invite les uns et les autres à vivre en harmonie dans ce pays qu’elle baptise « New-Town ». Sa chaleur féminine s’est propagée dans la salle comme une onde électrique. Echange et « farotage » ont immédiatement suivi. Sa prestation a été à la dimension du travail artistique qu’elle fournie au quotidien dans les cabarets. Seulement, l’on pouvait déceler un problème d’entière mutation chez elle. D’abord sa tenue de scène qui n’est pas appropriée à un milieu jeune qui plus, est celui du hip-hop. Autre chose, Cylla Song’s doit savoir faire le distinguo entre le public du cabaret qui, pour la plupart des temps, sont des responsables venus prendre un pot, et le public de spectacle (des jeunes) venu faire la fête. En plus d’être la première femme artiste à prester sur la scène du « Urban show », Cylla Song’s doit apporter une coloration un peu plus jeune lors des scènes semblables pour captiver davantage le public jeune en quête de sensation nouvelle. Note : 6.5/10
3- Alberto, les clés du slam de God
« Je suis… fils de… J’ai souffert en amour mais tout va bien ». Tel est le canevas à suivre durant le temps qui lui est imparti. Sa marque dès son entrée sur la scène est le dialogue avec le public. Les textes de son slam sont d’une profonde recherche. Je dirai même très philosophique. Lesquels font le tour de notre vécu quotidien, parle de l’amour qui est en même temps raison et déraison... Il est important de l’écouter pour savoir ce qu’il veut dire. Un regard musical et philosophique suscitant un tonnerre d’applaudissement à répétition dans la salle. A l’entendre chanter, on n’envierait pas le slam de Grand Corps malade, le slameur français. Car, il y a de la matière à moudre et du talent. Tout à côté de lui, des danseuses habillées comme des indiennes, se déhanchent au rythme de la musique et des paroles d’Alberto les clés son of God. Avec ce dernier, « tout va bien », comme il chante. « Il est talentueux. J’avais écouté sa musique chez un ami. Je suis venue parce que je savais qu’il devait slamer ici aujourd’hui et je peux vous dire qu’il a comblé mes attentes. Bravo Alberto », déclare Alvine, une fan. Cette prestation a valu à Alberto un standing ovation. Une valeur sure du slam camerounais. Note : 9/10
4- Mike Peter, la nouvelle marque déposée du Rn’b
S’il y avait un instrument de mesure des applaudissements au CCF de Douala, celui-ci, croyez-moi, aurait explosé au terme de la prestation de Mike Peter. Son talent, la musique, sa voix ayant laissé la quasi-totalité de la salle pantoise. Ce qui a fait la différence de cette nouvelle étoile du Rn’b camerounais des précédents artistes, c’est le fait qu’il soit accompagné par la chorale « Les Chorus singlers » au chœur. Et pour quelle raison ? « C’est parce que ma musique est beaucoup plus spirituel. Et il fallait des jeunes talentueux comme le Chorus singlers pour m’accompagner. Je suis vraiment ravi que les gens aient appréciés », se réjouit Mike Peter. Sa prestation et son flot ne sont pas différent de celui de son idole : R Kelly. Cela s’est ressentir dans l’interprétation des titres « A song of mama », « My life », titre éponyme à son album et « It’s gonna be ok » devenu l’hymne officiel dans la salle. A genoux sur le podium, Mike chante avec toute l’émotion que peut procurer sa musique. Ce au rythme des claquements de main et chants. Point n’est étonnant de voir une spectatrice laissée s’échapper de ses yeux, quelques gouttes de larmes. Excès d’émotion sans doute. Mike Peter est une perle du Rn’b qui mérite, au-delà de la pluie des billets de Cfa qui se sont déversés sur lui sur le podium, un soutien infaillible pour le bonheur de la musique urbaine camerounaise. Note : 9,5/10
5- VBH, égal à lui-même
Il faut avoir la carrure de VBH pour faire un show de grande classe après une prestation comme celle de Mike Peter. Et sa position comme artiste de clôture n’a pas été un hasard. Sa kalachnikov vocale posée sur les scratchs de DJ René Cool et la musique live jouée par l’Equipe du Sud a plongé la salle dans une ambiance indescriptible. Du hit makossa, du rap, du rap aux sonorités sahéliennes et bien d’autres rythmes, dont lui seul connaît ses origines, ont été visités. Comme un phénix qui renaît de ses cendres, VBH a démontré que son absence sur les scènes locales n’est pas synonyme de manque de talent. Sa scène, il la gère avec maestria. La danse, il l’exécute à merveille. Et ses textes viennent dénoncer la profondeur des souffrances endurées en Afrique. Cette participation est venue confirmer tout le bien que l’on pense de cet artiste sur qui, l’on peut compter sur les podiums internationaux. Par la même occasion, il annonce dans les prochaines semaines, la sortie de son prochain album. Note : 9/10
Crédit photos : Leuwé Carole