Professeur au Conservatoire à Paris, ce bassiste et
guitariste-chanteur camerounais est désormais considéré aujourd’hui en France comme la doublure du célèbre chansonnier Georges Brassens. Inconnu du public camerounais malgré sa popularité
hexagonale,
Kristo Numpuby s’est confié à nos lecteurs.
Qu’est ce qui peut expliquer votre présence actuelle au
Cameroun ?
Je suis arrivé au Cameroun cette fois ci pour une nouvelle triste. Je suis venu
accompagner ma grand-mère Nguema à sa dernière demeure le week-end dernier. Il a fallu chambouler tous mes activités à Paris pour arriver mais ce n’est pas pour longtemps. Ce retour aux sources,
malgré la situation, est très importante pour nous ses petits-fils parce qu’elle nous était très chère. C’est aussi une aubaine pour rencontrer la famille et se rendre compte de tout ce qui va
changer. Nguema était pour moi ma mère. Elle passait le clair de son temps à chanter et c’est d’elle que je tire cette fibre musicale.
Parlant justement de musique, comment débarquez-vous dans ce
milieu ?
Quand vous parlez de débarquer, c’est comme si je venais d’ailleurs. Je me dis que la
musique fait partir de notre quotidien. A la maison, je chantais. J’étais intéressé par la chorale à l’église. J’adorais beaucoup les balafons et les percussions. Et voilà qu’en classe de
6e, on m’offre comme cadeau, une guitare. C’est de là que j’apprends à jouer à la guitare assez vite parce que, nous étions quatre à partager cet instrument bien qu’il m’appartenait.
Chaque deux heures, la guitare changeait de mains et il fallait rentabiliser son temps. La concurrence était très rude. Ce qui nous a fait progresser très vite. Et en deux mois, je jouais très
bien les solos de « Sweet Mother » de Prince Nico Mbarga.
Excellent guitariste et bassiste. Mais méconnu dans votre propre
pays.
C’est peut-être aussi parce que nul n’est prophète chez soi. Aussi parce que je ne
suis pas obsédé par la notoriété dans mon quartier. Chez moi, les gens ne me connaissent pas comme musicien mais je suis connu. Je pense qu’il est mieux de se faire connaître par les autres et le
reste suivra. Comme musicien, je suis connu. Une chose est sûre, je ne peux pas vous donner la raison exacte de mon manque de notoriété au Cameroun après quinze ans de carrière professionnelle.
Peut-être par manque de producteur au Cameroun. Si j’avais un au pays, il aurait fait le nécessaire. J’ai joué partout sauf au Cameroun parce que je n’ai pas encore eu de propositions
professionnelles. Mais, je ne désespère pas.
Vous comptez à votre actif, trois albums. En votre qualité de musicien, quels
sont vos rapports avec les autres musiciens camerounais ?
J’ai débuté ma carrière professionnelle comme bassiste accompagnateur ensuite
bassiste. Je jouais avec des africains (zaïrois et ivoiriens) et des antillais tels que : Kada Mbongo Man, Soukous Star, Niboma, Samagouana, Tabule Rochereau, Aïcha Konè, Exsaï One, Johny
Moreon… Et quand j’ai commencé à faire la musique comme tous les camerounais, c’était avec la guitare. C’est plus-tard que j’ai appris à jouer la basse parce que c’est un instrument naturellement
camerounais.
Mes premières séances de studio, je les ai faites avec un ami nommé Pablo Symbol.
Après, c’était Gino Sitson avec qui j’ai travaillé comme guitariste-chanteur. On s’accompagnait réciproquement sur scène. Voilà les deux personnes qui ont bénéficié de mon apport ben tant que
guitariste parce que je l’ai toujours réservé pour moi. Je me sens plus allaise en tant que bassiste quand j’accompagne les autres.

Votre dernier album actuellement dans les bacs « Brassens
en Afrique » est une reprise des chansons de Brassens dans un style purement africain. Une inspiration subite ou un travail de longue haleine ?
Je suis quelqu’un de spontané. Qui dit spontané, dit parfois ridicule. J’ai toujours
eu envie de chanter « Les copains » sans texte. C’est comme ça que tout a commencé. Dans mes concerts, je réservais toujours cinq minutes pour interpréter cette chanson en tapant sur
mes joues. A l’âge de dix ans, j’ai constaté qu’en tapant sur mes joues, ça résonnait comme du balafon. Je l’ai développé et ensuite, est venu un jour où j’ai eu envie de partager ma passion de
Brassens avec le public français en interprétant cette chanson. Je n’ai jamais vu une si forte réaction positive du public. Mon batteur et ami Dénis Tchango m’a dit quelques mois après qu’il
serait intéressant de faire tout un album sur Brassens. Je me suis dit, je ne peux pas prendre une guitare comme 1500 personnes, laissé pousser la moustache pour interpréter Brassens. C’est alors
qu’il me dit : imagine-toi Brassens. Je lui ai répondu : si je suis Brassens, alors je suis africain. C’est de là qu’on a commencé à travailler dessus. Ce sont des chansons qu’on a
longtemps écouté. On ne s’est pas levé un jour pour dire qu’on doit les faire.
Avez-vous pensez un seul instant que Brassens pouvait être un
africain ?
Vous allez peut-être me taxer de flatteur mais je toujours dis que Brassens avait
beaucoup de swing que ses compatriotes. Il était africain. Mais des africains qui sont partis aux Etats-Unis parce que je le trouvais très proche du Jazz de la Nouvelle Orléans. Et je sais que le
jazz vient d’Afrique.
Il se susurre que vous travaillez actuellement sur le deuxième volume de
« Brassens en Afrique ». Info ou intox ?
Je confirme. Je travaille bel et bien sur un deuxième volume de Brassens qui est
quasiment enregistré avec beaucoup d’invités parce que le premier, nous (avec Dénis Tchango) avons travaillé en vase clos. Et on en avait mis six mois pour le réaliser. Le deuxième a été plus
court parce qu’entre temps, j’ai fait plus de deux cent (200) concerts sur le thème « Georges Brassens ». Les gens n’étaient pas allergiques en ce qu’on mette de l’africanité dedans. Et
je vous l’avoue, les gens sont toujours venus nous voir avec curiosité, dédains et scepticisme parce que Brassens africain ce n’était pas croyable. Au sortir du spectacle, ils acceptent
finalement qu’il était africain. Jouer du Brassens à l’africain, c’est naturel pour moi.
Et le projet ?
On attend les autorisations. Quand on est dans un monde professionnel, il faut faire
des choses bien. Les maquettes de ma version revue et corrigée ont été faites et envoyées aux éditeurs de ses chansons qui, par la suite, les remettent aux ayants droits qui les écoutent, les
analysent et y apportent des corrections s’il en faut avant de vous donner le Ok. Nous avons fait 18 titres et j’ai 16 autorisations à l’heure actuelle. On attend les deux autres. J’espère qu’il
sera disponible dès fin 2012 ou début 2013.
A quand la disponibilité des produits de Christo Numpuby sur le marché
camerounais ?
Ce n’est pas facile d’importer un disque fabriqué en Europe ici parce qu’il revient
un peu cher par rapport aux Cd fabriqués localement. N’étant pas au Cameroun et n’ayant pas une structure avec laquelle j’ai un contrat pour la fabrication et la distribution de mes œuvres ici,
c’est difficile. Je profite de cette tribune pour dire à tous ceux qui travaillent dans le domaine musical que je suis ouvert à toutes propositions pour que mes disques soient vendus au Cameroun.
Quel regard portez-vous sur la musique camerounaise actuellement en tant
qu’artiste de la diaspora ?
C’est un regard positif contrairement aux années antérieures. Cette fois ci, j’ai
écouté beaucoup de productions locales de très bonne qualité. Et je suis vraiment tombé à la renverse.
A quand une collaboration de Christo avec un artiste vivant au
Cameroun ?
Je ne rêve que de ça. Mais, l’occasion ne s’est pas encore présentée. Dès que j’aurai
une ouverture et que je serai présent sur la scène locale, je le ferai. On travaille sur cet aspect. Ça ne saurait tarder.
Entretien avec :
Frank William BATCHOU